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Don, contre-don, késako?
nadia
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Le monde postmoderne dans lequel nous vivons est lié à un système économique qui est le capitalisme. L’essence du capitalisme est l’accroissement du capital, c’est-à-dire du profit. Dans l’échange, cela signifie que l’homme postmoderne est l’homme du profit, par essence le profiteur : le consommateur profite des solde, profite des avantages sociaux, tire profit de ses droits au point de devenir procédurier à outrance, tire profit de la société et attend de l’Etat qu’il satisfasse à ses besoins pour « profiter de la vie » comme il le dit si souvent.

   Or profiter, c’est exactement le contraire de donner. Profiter, c’est extorquer, exploiter, tirer parti de, chercher un avantage, rechercher son seuil intérêt, c’est au fond se comporter en prédateur avide dont le seul objet est la consommation de l’objet de ses désirs, ou la recherche d’un plaisir. Les enseignants se plaignent souvent de voir en face d’eux des élèves qui se comportent devant le savoir comme des consommateurs, qui attendent que tout leur soit mâché, pour profiter au maximum de ce qu’il leur est fourni… tout en se donnant le moins possible eux-mêmes. Donner, c’est tout le contraire de profiter, parce que dans le don, on n’attend pas de retour. La mère donne son affection à son enfant, l’entoure de soins, quand elle aime son enfant, ce n’est pas, pour profiter des sentiments et se faire payer en retour, car l’amour est un don de soi, qui se réjouit du seul fait de donner. 
 
   La question qui se pose à nous est donc de savoir si, par delà le système économique du capitalisme, le don a sa place dans l’échange, ou bien s’il n’en fait pas partie, mais doit être considéré à part. Le don est-il une forme de l’échange ? 
 
 


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Don, contre-don, késako?
nadia
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Le don n'est pas un acte d'échange de valeurs puisque le receveur n'est pas tenu de rendre le don ou sa contrepartie en valeur. La valeur des dons ne rentre pas directement en compte. Historiquement, on peut différencier trois sortes de don / contre-don :
  1. L'échange rituel : il s'agit alors d'honorer des puissances avec l'espoir d'obtenir des faveurs terrestres ou la clémence des dieux.
  2. L'échange intercommunautaire : il s'agit alors de garantir les bons rapports entre deux communautés par le biais de relations privilégiées.
  3. La marque d'une distinction sociale : il s'agit de faire reconnaître sa primauté par le biais d'une compétition du don, les valeurs données pouvant parfois être détruites (Potlatch).

Ces trois formes de don se trouvent généralement entremêlées dans la réalité.
Le don est à comparer avec d'autres formes d'échange plus actuelles :
  1. Le troc : s'il peut se rapprocher du don / contre-don par le fait qu'il s'agit d'un échange sans garantie d'une tierce partie, il en diffère par la fixation d'une valeur marchande d'échange ainsi que par une temporalité de l'échange et donc du lien.
  2. La vente : cet échange est régi par des lois fixes dépendantes du pouvoir ou du marché, il s'effectue sous un étalon valeur (argent) et est donc temporel. Il peut cependant impliquer un lien entre le vendeur et le client, mais de façon limitée (garantie).

Si le don crée un lien social, il peut aussi être une forme de contrat social (peuple des Iks en Afrique ou l'on est redevable par le don / contre-don d'amis, très important par rapport aux autres formes de liens : familiaux, communautaires).
Le don chrétien peut être un acte de charité (don aux pauvres sans possibilité de contre-don).
Le don en tant qu'acte social suppose que le bonheur personnel passe par le bonheur des autres, il sous entend les règles : donner, recevoir et rendre.
  • L’acte fondateur en est un don, donc la reconnaissance de l’alter ego (ce qui m’appartenait t’appartient maintenant).
  • Le deuxième acte comprend l’acceptation du don, le receveur reconnaissant ainsi la valeur du don pour son propre usage (force unificatrice du oui).
  • Le troisième acte élimine une différence de valeur entre celle que lui accorde le donateur et celle que perçoit le receveur ce qui revient à annuler la valeur matérielle de l’échange pour mettre en avant la valeur sociale de l’échange.

Le don se base donc sur une valeur de sociabilité primaire : la réciprocité.
Plus que tout autre théorie économique, règle sociale, loi, principe moral ou religieux, le don est pacificateur puisque l’échange de valeurs s'effectue dans le cadre de rapports sociaux librement acceptés.


Don, contre-don, késako?
nadia
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Je vous invite a lire un fabuleux bouquin, "Essai sur le don" de Marcel Mauss, un ouvrage que je connais par coeur et que j'aime beaucoup Very Happy


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